Et si le bruit commençait avant même que vous ne parliez ?
Réflexions · Dossier 01 · Le bruit en communication
Ce que nos hésitations, nos précautions et nos contradictions peuvent nous apprendre sur la communication
Yan Luong · 25 août 2026
Un dirigeant accorde une interview. Il connaît son sujet, a préparé ses messages et pense que la discussion s’est plutôt bien passée. Quelques heures plus tard, il découvre le titre de l’article et ne se reconnaît pas dans ce qu’il lit.
« Ils ont complètement déformé mes propos. »
J’ai entendu cette phrase souvent en vingt ans de communication.
Parfois, elle est parfaitement justifiée. Une citation a été sortie de son contexte, une nuance a disparu ou le média a choisi un angle très différent de celui que la personne voulait mettre en avant.
Mais il arrive aussi que les mots soient exacts. Ils ont bien été prononcés et, pourtant, quelque chose s’est perdu entre l’intention de départ et ce qui arrive finalement au public.
Dans ce type de situation, le réflexe consiste souvent à regarder ce qui s’est passé après l’interview : le travail du journaliste, le choix du titre, le contexte dans lequel l’article paraît, les attentes du public ou les interprétations qui circulent déjà autour du sujet.
Il vaut pourtant la peine de s’intéresser également à ce qui se passe plus tôt dans le processus, avant même que le message ne parte.
Le message peut déjà être brouillé au départ
Imaginons un cadre chargé d’annoncer une décision qu’il ne soutient pas complètement.
Il sait ce qui a été décidé et connaît probablement les arguments qu’il doit présenter. Pourtant, au moment de parler, il ajoute une précaution, puis une nuance. Il répond à une objection que personne n’a encore formulée et cherche tellement à prévenir les réactions de son équipe que le message finit par devenir difficile à saisir.
On pourrait lui conseiller d’être plus clair. Ce conseil serait peut-être utile.
Mais il ne nous dirait pas pourquoi la clarté devient précisément difficile dans cette situation.
Autre exemple : une personne se prépare à une interview sur un sujet sensible et anticipe déjà une question hostile. Avant même que le journaliste ne parle, elle est en alerte, écoute pour détecter le piège et entend peut-être comme une attaque une question relativement neutre. Sa réponse devient défensive.
Dans ce cas, le bruit n’a pas nécessairement commencé dans le titre de l’article ou au moment du montage. Il était peut-être déjà présent dans la manière d’entrer dans la situation.
Je pense aussi à ces experts qui maîtrisent parfaitement leur sujet, mais surchargent chaque réponse de précautions. Ils n’ont pas forcément besoin de davantage de contenu, ni même d’une formation à la synthèse.
Ce qui semble difficile peut se situer ailleurs : prendre une position nette, laisser volontairement quelque chose de côté, accepter que l’autre ne soit pas convaincu ou qu’une prise de parole produise une réaction que l’on ne pourra pas entièrement contrôler.
Dans chacune de ces situations, une partie du bruit existe avant même que le message n’atteigne son destinataire.
L’état intérieur, le doute, l’ambivalence, la peur d’être mal compris ou le besoin de convaincre influencent déjà la manière dont nous formulons ce que nous avons à dire.
Et parfois, le bruit n’appartient pas à la personne
C’est aussi l’une des limites des approches qui individualisent trop rapidement les problèmes de communication.
Un manager semble confus et on l’envoie travailler sa prise de parole, alors que ses responsabilités ne sont pas clairement définies.
Une équipe communique mal et on organise un workshop, alors que personne ne sait réellement qui détient l’autorité de décider.
Une dirigeante n’est pas cohérente dans ses messages, mais elle reçoit des demandes contradictoires de son conseil d’administration, de ses équipes et de ses parties prenantes.
Dans ce type de situation, une meilleure formulation ne répare pas une gouvernance floue. Une personne ne peut pas toujours communiquer clairement une décision que le système lui-même n’a pas clarifiée.
Le bruit n’est alors plus seulement un obstacle à éliminer. Il peut devenir une information sur ce qui se joue dans la personne, dans le rôle ou dans l’organisation.
Poursuivre la réflexion
Dans la version complète, disponible sur Substack, j’explore :
les différentes formes de bruit en communication ;
ce que certaines hésitations peuvent révéler ;
la manière dont les organisations produisent elles-mêmes du bruit ;
trois questions à se poser avant une prise de parole importante.
Je propose également une ressource du mois, un fragment de terrain et les principales références utilisées.
Questions fréquentes sur le bruit en communication
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Le bruit en communication désigne tout ce qui perturbe la transmission ou l’interprétation d’un message. Il peut être technique ou physique, mais aussi psychologique, sémantique, culturel ou organisationnel. Dans les interactions professionnelles, il peut également apparaître avant même que le message ne soit formulé.
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Parce que nous ne communiquons jamais depuis une position totalement neutre. Le doute, l’ambivalence, la peur d’être mal compris, le besoin de convaincre ou la difficulté à assumer une position peuvent déjà influencer la manière dont nous formulons un message.
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Le manque de clarté ne vient pas toujours d’un manque de préparation. Un dirigeant peut parfaitement connaître son message tout en éprouvant des difficultés à le porter : parce qu’il ne soutient pas entièrement une décision, anticipe les réactions de son interlocuteur, cherche à éviter un conflit ou se trouve pris entre plusieurs attentes contradictoires.
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Non. Une communication confuse peut parfois révéler un problème de rôle, de gouvernance ou de fonctionnement organisationnel. Lorsqu’une décision n’est pas claire, que l’autorité est mal définie ou que plusieurs instances donnent des orientations contradictoires, demander simplement à une personne de « mieux communiquer » risque de traiter le symptôme plutôt que la situation.
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La gouvernance détermine notamment qui décide, qui porte une décision et depuis quelle position chacun prend la parole. Lorsque ces éléments sont flous ou contradictoires, cette ambiguïté peut se retrouver directement dans la communication. Une meilleure formulation ne suffit donc pas toujours à résoudre un problème dont l’origine est organisationnelle.
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Parce que savoir formuler une phrase et pouvoir la prononcer dans une situation réelle sont deux choses différentes. La peur de décevoir, le perfectionnisme, le besoin de convaincre, la crainte de s’exposer ou une difficulté à occuper pleinement son rôle peuvent modifier la manière dont une personne prend la parole.
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Avant de chercher uniquement la bonne formulation, il peut être utile de se demander à quel moment le message commence à se brouiller, ce que certaines hésitations cherchent éventuellement à protéger et si la difficulté appartient uniquement à la personne ou également au rôle et au contexte dans lequel elle communique.
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Pas nécessairement. Certains bruits doivent évidemment être réduits pour rendre la communication plus claire. Mais lorsqu’une même hésitation, contradiction ou réaction défensive revient régulièrement, elle peut également constituer une information utile sur une tension, une relation, un rôle ou le fonctionnement de l’organisation.
À mon propos
Consultant en communication stratégique et coach exécutif, j'accompagne depuis plus de vingt ans organisations, institutions, dirigeant·e·s et entrepreneur·e·s sur leurs enjeux de positionnement, de communication et de gouvernance.
J'ai notamment co-dirigé l'agence de communication et relations publiques ftc communication SA et le think tank participatif foraus, et participé à la transformation digitale d'institutions telles que la Radio Télévision Suisse (RTS), le Montreux Jazz Festival, Présence Suisse (Département fédéral des affaires étrangères – DFAE) ou le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).
J'enseigne également dans plusieurs universités et hautes écoles en Suisse.
J'accompagne aujourd'hui les organisations et leurs leaders à clarifier leur direction, renforcer leur capacité d'action et communiquer avec davantage de clarté, de confiance et d'influence.
Basé en Suisse romande, j'interviens partout en Suisse et à l'international.
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Je réponds personnellement à chaque message, qu’il s’agisse d’une demande d’accompagnement, d’une prise de contact ou de questions sur mes services ou ma méthode.
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