Et si un problème de personnalité était, en réalité, un problème de rôle ?
Ressources · Réflexions · Dossier 03 · Ce que le système fait faire
Ce que l'analyse du rôle organisationnel peut nous apprendre sur le comportement en entreprise
On demande souvent à des coachs exécutifs d'« aider » quelqu'un à changer — qu'elle soit plus impliquée, plus proactive, plus motivée. On impute à la personne ce qui relève en fait du rôle.
J'ai un exemple, qui force le trait. Dans un mandat de coaching en entreprise, j'ai observé deux managers, chacune en charge d'un périmètre différent, construire une stratégie sérieuse - puis se heurter, au moment de l'exécuter, à la même absence totale de moyens.
Pas de budget, pas d'outils, pas la moindre marge de manœuvre. Le micro management était dans le cahier des charges autant que chez leur hiérarchie.
Les deux, pourtant très différentes, en sont venues exactement au même point : le désengagement. Ce n'était pas une question de personnalité. Quand on est chargé d'une mission sans recevoir l'autorité de la remplir, on n'a, à terme, pas mille façons de réagir.
Le rôle n'est pas la personne
Dans les années 70, Irving Borwick a développé l'analyse du rôle organisationnel (Organizational Role Analysis). Son point de départ : ne plus regarder seulement la personne, ou seulement l'organisation, mais le rôle qui les relie.
Borwick le représente comme un triangle : l'individu, le système, et le rôle qui les relie. Une grande partie de ce qu'on attribue au caractère de quelqu'un peut en réalité aussi s'expliquer par ce rôle et le système dans lequel il prend place.
Ce qui se répète dans un rôle
Sher et Lawlor insistent eux aussi sur cette distinction entre rôle et personnalité. Et dans ma pratique, j'observe que certains postes portent une histoire : des tensions non résolues, des attentes jamais clarifiées. C'est pour ça que certains rôles semblent « maudits » - plusieurs personnes très différentes s'y succèdent, et finissent décrites avec les mêmes mots.
Explorer le rôle plutôt que corriger la personne
La question qui change tout n'est pas seulement « qu'est-ce qui, chez cette personne, doit changer ? ». C'est aussi : qu'est-ce que ce rôle demande, et qu'est-ce que l'organisation l'autorise réellement à faire ?
Travailler le rôle ne dédouane personne de sa responsabilité. Mais ça change la nature de la conversation : on regarde ce que ce rôle tend à produire chez la plupart des personnes qui l'occuperaient, et ce qui, dans le comportement de la personne, lui appartient vraiment une fois le rôle retiré de l'équation.
Dans la situation décrite au début, ce qui a basculé n'est pas venu d'un changement de personnalité chez les deux managers. On a commencé à nommer, avec la hiérarchie, ce que le rôle demandait vraiment - et ce qu'elle était prête, ou non, à autoriser.
Les organisations distribuent aussi des rôles qu'elles n'assument pas
Ce que je viens de décrire à l'échelle d'une personne se retrouve à l'échelle d'une organisation. Certains rôles sont nécessaires - le contrôle qualité qui doit dire non, la fonction RH qui doit arbitrer - mais personne ne veut vraiment les autoriser à exister pleinement. Celui ou celle qui l'occupe devient alors, presque malgré lui, le symptôme d'un arbitrage que l'organisation n'a jamais tranché.
Et si la personne qu'on cherche à corriger n'était, en réalité, que le symptôme d'un rôle jamais pleinement autorisé à exister ?
Poursuivre la réflexion
Dans la version complète, disponible sur Substack, j'explore :
le triangle individu / système / rôle développé par Irving Borwick ;
l'écart entre responsabilité formelle et autorité réelle, et le modèle BART de Green et Molenkamp ;
ce qui se transmet d'une personne à l'autre dans un même poste ;
comment repérer un « rôle maudit » ;
la différence entre corriger une personne et explorer ce que son rôle produit ;
ce que les organisations elles-mêmes refusent parfois d'autoriser pleinement ;
une ressource du mois et les principales références utilisées.
Questions fréquentes sur l’attachement, le leadership et la cohérence narrative
-
Développée par Irving Borwick dans les années 1970, l'analyse du rôle organisationnel part du principe que le changement durable de comportement ne vient pas du travail sur la personne seule, ni sur l'organisation seule, mais sur le rôle - le lien qui les relie. Borwick la représente comme un triangle : l'individu, le système, et le rôle qui les connecte.
-
Un comportement qu'on attribue au caractère de quelqu'un - un manque d'implication, de la rigidité, un désengagement - est souvent produit par ce que le rôle autorise ou non à faire. Quand on confie une mission sans donner les moyens de la remplir, la plupart des personnes, quelle que soit leur personnalité, finissent par réagir de façon similaire.
-
Un signe fréquent : plusieurs personnes très différentes se succèdent au même poste et finissent décrites avec les mêmes mots - « rigide », « difficile », « procédurière ». Quand le même adjectif revient à chaque nouvelle personne, ce n'est généralement pas un hasard de personnalités.
-
C'est un poste qui semble épuiser une succession de personnes, indépendamment de qui l'occupe. La tension ne vient pas des individus qui s'y succèdent, mais d'une histoire non résolue portée par le rôle lui-même : des attentes jamais clarifiées, une autorité jamais pleinement accordée.
-
Certains rôles sont structurellement inconfortables : dire non, arbitrer, porter de mauvaises nouvelles. L'organisation crée le poste, mais hésite à lui donner toute l'autorité nécessaire - et la personne qui l'occupe devient alors, malgré elle, le symptôme d'un arbitrage jamais tranché.
-
Non. Travailler le rôle ne dédouane personne de sa responsabilité - mais ça change la nature de la conversation. Au lieu de demander à quelqu'un de devenir quelqu'un d'autre, on regarde ce que ce rôle, dans ce système, tendrait à produire chez la plupart des personnes qui l'occuperaient, et ce qui, dans le comportement de la personne, lui appartient vraiment une fois le rôle retiré de l'équation.
À mon propos
Consultant en communication stratégique et coach exécutif, j'accompagne depuis plus de vingt ans organisations, institutions, dirigeant·e·s et entrepreneur·e·s sur leurs enjeux de positionnement, de communication et de gouvernance.
J'ai notamment co-dirigé l'agence de communication et relations publiques ftc communication SA et le think tank participatif foraus, et participé à la transformation digitale d'institutions telles que la Radio Télévision Suisse (RTS), le Montreux Jazz Festival, Présence Suisse (Département fédéral des affaires étrangères – DFAE) ou le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).
J'enseigne également dans plusieurs universités et hautes écoles en Suisse.
J'accompagne aujourd'hui les organisations et leurs leaders à clarifier leur direction, renforcer leur capacité d'action et communiquer avec davantage de clarté, de confiance et d'influence.
Basé en Suisse romande, j'interviens partout en Suisse et à l'international.
Références
Tout commence par une conversation
Je réponds personnellement à chaque message, qu’il s’agisse d’une demande d’accompagnement, d’une prise de contact ou de questions sur mes services ou ma méthode.
Que vous préfériez échanger de vive voix ou m’écrire, cet échange n’engage à rien et permet avant tout de faire connaissance et de poser les bonnes questions.